Réponse rapide : en 2026, l’abattement forfaitaire de 10 % sur les salaires (plafonné à 14 555 € par déclarant, plancher 509 €) s’applique automatiquement. Les frais réels deviennent plus favorables lorsque les dépenses professionnelles justifiées (trajets domicile-travail au barème kilométrique, télétravail, formation, double résidence) dépassent 10 % du salaire net imposable.
Chaque année, au moment de la déclaration de revenus, les salariés ont le choix entre deux modes de déduction de leurs frais professionnels : l’abattement forfaitaire de 10 %, appliqué par défaut, ou la déduction des frais réels, sur justificatifs. La bascule entre les deux peut représenter plusieurs centaines d’euros d’impôt. Cet article reprend les règles applicables en 2026 (revenus 2025), les frais déductibles, le barème kilométrique et un exemple chiffré pour situer la décision.
Le principe : deux modes de déduction exclusifs
L’article 83 du Code général des impôts (CGI) prévoit deux modes de prise en compte des frais professionnels des salariés :
- L’abattement forfaitaire de 10 %, appliqué automatiquement sur le salaire net imposable, sans justificatif.
- La déduction des frais réels, sur option, à partir des dépenses effectivement engagées et justifiées.
Les deux modes sont exclusifs : il faut choisir l’un ou l’autre pour l’ensemble de l’année et pour chaque membre du foyer (chaque conjoint peut faire un choix différent). L’option pour les frais réels se fait dans la déclaration 2042 en cochant la case et en renseignant le montant à la case 1AK / 1BK.
Le choix entre les deux options est annuel. Il n’engage pas le contribuable pour les années suivantes : un salarié peut alterner d’une année sur l’autre selon ses dépenses.
L’abattement forfaitaire de 10 %
Principe et calcul
L’abattement de 10 % s’applique automatiquement sur le salaire net imposable annuel. Il couvre forfaitairement l’ensemble des frais professionnels courants : trajets domicile-travail, frais de repas pris hors du domicile, vêtements professionnels, documentation, etc.
Plafond et plancher 2026
Le montant de l’abattement est encadré par un plafond et un plancher, revalorisés chaque année par la loi de finances en cohérence avec la revalorisation du barème (+0,9 % pour 2026).
| Borne | Valeur 2026 (revenus 2025) |
|---|---|
| Plancher minimum par déclarant | 509 € |
| Plafond maximum par déclarant | 14 555 € |
Le plancher s’applique aux très bas salaires : si 10 % du revenu est inférieur au plancher, c’est le plancher qui s’applique. Le plafond s’applique aux hauts salaires : au-delà d’un salaire annuel d’environ 145 550 €, l’abattement reste figé à son plafond.
Ces valeurs sont revalorisées chaque année par la loi de finances. Les seuils définitifs sont publiés au Journal Officiel et repris dans les notices fiscales avant la campagne de déclaration.
La déduction des frais réels
L’option pour les frais réels permet de déduire l’intégralité des dépenses professionnelles engagées, à condition qu’elles soient :
- Engagées exclusivement pour l’activité professionnelle salariée
- Justifiées (factures, notes de frais, attestations)
- Conservées pendant 3 ans après la déclaration
Le montant des frais réels remplace l’abattement de 10 % : il n’est pas additionnel.
Frais déductibles principaux
Les catégories les plus fréquentes :
- Trajets domicile-travail : déduction au barème kilométrique pour le véhicule personnel, ou frais réels (carburant, péages, parking) sur justificatifs. La déduction est limitée à 40 km par trajet aller, soit 80 km par jour, sauf circonstances particulières justifiées.
- Frais de repas : différence entre le prix d’un repas pris au restaurant et la valeur forfaitaire d’un repas pris au domicile, plafonnée par un seuil revalorisé annuellement.
- Documentation professionnelle : livres, abonnements, revues techniques liés à l’activité.
- Formation professionnelle : si non remboursée par l’employeur ou un OPCO.
- Frais de double résidence : si le contribuable doit loger près de son lieu de travail tout en conservant son domicile familial ailleurs, sous conditions strictes.
- Locaux et matériels professionnels : ordinateur, bureau, fournitures, dans la proportion d’usage professionnel.
- Vêtements professionnels spécifiques : uniformes, tenues de sécurité, etc.
Barème kilométrique 2026
Le barème kilométrique forfaitaire est publié chaque année par arrêté du ministère de l’Économie et des Finances. Il intègre l’amortissement, l’entretien, les pneumatiques, le carburant, les primes d’assurance et les frais d’achat des équipements de sécurité. Le barème distingue les véhicules thermiques, les véhicules électriques (majoration de 20 %), les motos, les scooters et les cyclomoteurs.
Le barème kilométrique est plafonné à 7 chevaux fiscaux (CV) depuis 2013 : pour un véhicule de puissance fiscale supérieure, le calcul s’effectue comme s’il s’agissait d’un 7 CV. Cette règle évite les déductions disproportionnées pour les véhicules de très forte puissance.
Frais de télétravail
Depuis la généralisation du télétravail, deux régimes coexistent :
- Allocation forfaitaire versée par l’employeur : exonérée dans la limite d’un plafond mensuel (de l’ordre de 2,70 €/jour télétravaillé en 2025, dans la limite d’environ 59,40 €/mois). L’allocation reçue dans cette limite n’est pas imposable.
- Frais réels engagés par le salarié : un forfait d’environ 2,70 €/jour télétravaillé peut être déduit sans justificatif, ou les frais réels (loyer, électricité, internet, chauffage) au prorata de la surface professionnelle peuvent être justifiés.
Le télétravail ne donne pas droit à un cumul : si l’allocation employeur est exonérée, le forfait ou les frais réels ne peuvent pas être déduits en plus.
Comparatif : à partir de quel niveau les frais réels deviennent-ils plus avantageux ?
L’arbitrage repose sur une comparaison simple : si les frais professionnels réels annuels dépassent 10 % du salaire net imposable, l’option pour les frais réels réduit davantage le revenu imposable, et donc l’impôt.
Tableau d’ordre de grandeur
Le tableau ci-dessous indique le montant à partir duquel les frais réels deviennent plus favorables que l’abattement de 10 %, pour différents niveaux de salaire net imposable annuel.
| Salaire net imposable annuel | Abattement 10 % | Seuil au-delà duquel les frais réels deviennent favorables |
|---|---|---|
| 25 000 € | 2 500 € | 2 500 € |
| 35 000 € | 3 500 € | 3 500 € |
| 50 000 € | 5 000 € | 5 000 € |
| 70 000 € | 7 000 € | 7 000 € |
| 100 000 € | 10 000 € | 10 000 € |
| 150 000 € | 14 555 € (plafond) | 14 555 € |
Au-delà du plafond, l’abattement reste figé à 14 555 € quel que soit le salaire. Pour un salarié à très haut revenu, l’option pour les frais réels devient plus facilement attractive si les dépenses dépassent ce plafond.
Exemple chiffré illustratif
Situation : salarié célibataire (1 part), salaire net imposable de 38 000 €, TMI 30 %. Il habite à 35 km de son lieu de travail, utilise un véhicule personnel 5 CV, et télétravaille 2 jours par semaine.
Estimation des frais professionnels réels
| Poste | Calcul | Montant annuel |
|---|---|---|
| Trajets domicile-travail (3 jours/semaine, 220 jours × 60 %) | 132 jours × 70 km × 0,427 €/km (barème indicatif 5 CV) | environ 3 944 € |
| Frais de télétravail | 88 jours × 2,70 € | environ 238 € |
| Documentation et matériel professionnel | — | 350 € |
| Total frais réels | environ 4 532 € |
Comparaison des deux options
| Option | Déduction | Salaire net imposable après déduction |
|---|---|---|
| Abattement 10 % | 3 800 € | 34 200 € |
| Frais réels | 4 532 € | 33 468 € |
Différence d’assiette imposable : 732 € en faveur des frais réels.
Gain en impôt au TMI 30 % : 732 × 30 % = environ 220 € d’économie.
Cet exemple est purement illustratif. Les montants réels dépendent du barème kilométrique applicable, du nombre exact de jours travaillés, des allocations versées par l’employeur et de la conservation des justificatifs.
Points d’attention prévus par le texte
- Conservation des justificatifs : toutes les pièces (factures, billets de transport, notes de frais, attestations employeur) doivent être conservées pendant 3 ans à compter de l’année de déclaration. L’administration peut demander leur production lors d’un contrôle.
- Remboursements de frais professionnels : les indemnités kilométriques ou allocations forfaitaires versées par l’employeur doivent être réintégrées dans le revenu imposable lorsque l’option pour les frais réels est exercée, sauf si elles couvrent des frais non déduits.
- Foyer fiscal : chaque conjoint d’un couple marié ou pacsé peut faire un choix différent (l’un aux frais réels, l’autre à l’abattement). Le calcul s’effectue par déclarant.
- Distance domicile-travail : la déduction des trajets est limitée à 40 km aller, sauf circonstances particulières (impossibilité de se loger plus près, mutation professionnelle récente, situation familiale).
- Indemnités de mobilité durable : forfait mobilité durable versé par l’employeur exonéré dans la limite annuelle prévue par la loi, à articuler avec la déduction des trajets.
Articulation avec d’autres dispositifs
L’option frais réels interagit avec plusieurs autres mécanismes du calcul de l’impôt :
- Barème de l’impôt 2026 : l’économie réelle des frais réels est proportionnelle au TMI du foyer.
- TMI 2026 : plus le TMI est élevé, plus l’écart entre l’abattement de 10 % et les frais réels génère d’économie.
- Quotient familial 2026 : le revenu net imposable après déduction est ensuite divisé par le nombre de parts.
- Prélèvement à la source : le taux de prélèvement est mis à jour à partir de la déclaration ; un basculement vers les frais réels peut modifier le taux N+1.
Calculer l’impact en quelques secondes
Pour comparer les deux options selon votre salaire et votre TMI, le simulateur d’impôt Kolib calcule l’impôt 2026 sur la base du revenu net imposable retenu. En testant successivement l’abattement de 10 % et le montant des frais réels estimés, l’écart d’impôt apparaît immédiatement.
À retenir : en 2026, le choix entre frais réels et abattement de 10 % repose sur une comparaison simple entre les frais professionnels engagés et 10 % du salaire imposable, plafonné à 14 555 €. L’option des frais réels nécessite la conservation des justificatifs pendant 3 ans. Cet article a vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un avocat fiscaliste, un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine.